L’espérance chrétienne peut coexister avec un résultat inquiétant et des questions sans réponse. Elle ne promet pas que le prochain examen sera rassurant, elle aide à choisir une manière fidèle de vivre aujourd’hui.
En 2015, Kate Bowler attendait des réponses que personne ne pouvait lui garantir. À 35 ans, cette professeure de la Duke Divinity School, à Durham, avait appris qu’elle souffrait d’un cancer du côlon de stade IV. Les examens pouvaient orienter les décisions médicales. Aucun ne pouvait lui rendre la certitude dont sa vie venait d’être privée.
Son récit, consigné dans Everything Happens for a Reason: And Other Lies I’ve Loved, publié par Random House en 2018, refuse les explications faciles. Bowler connaissait bien les discours religieux qui associent la foi, l’attitude ou la discipline personnelle à une issue favorable. Face au cancer, ces formules ne tenaient plus.
L’espérance n’exige pas un scénario rassurant
Quand un diagnostic fait peur, l’esprit cherche souvent une conclusion immédiate. On veut entendre que le traitement fonctionnera, que l’anomalie sera bénigne ou que la prochaine image montrera une amélioration. Cette attente est compréhensible. Elle devient pourtant fragile lorsqu’elle transforme l’espérance en prédiction.
L’espérance biblique s’appuie sur la présence et le caractère de Dieu, même lorsque l’issue médicale reste inconnue. Elle permet de dire deux phrases en même temps: « J’ai peur de ce que cet examen peut révéler » et « Cette journée mérite encore d’être vécue avec foi, amour et vérité. »
Les Psaumes donnent une langue à cette coexistence. Le Psaume 13 commence par une plainte prolongée et se tourne ensuite vers la confiance. La douleur n’est pas effacée pour rendre la foi présentable. Elle entre dans la prière.
Cette distinction protège aussi la personne malade d’un poids injuste. Une aggravation ne prouve ni un manque de foi ni une mauvaise gestion des pensées. La maladie possède des réalités biologiques que la ferveur, la discipline et l’optimisme ne contrôlent pas.
Renoncer à la fausse maîtrise
L’attente d’un résultat révèle parfois un appétit puissant: celui de tout maîtriser. On consulte encore une fois le dossier, on cherche un témoignage identique au sien, on interprète chaque sensation. Ces gestes peuvent donner quelques minutes de soulagement sans apporter la certitude recherchée.
Une abstinence volontaire et limitée peut alors devenir un exercice spirituel utile. Il peut s’agir de renoncer, pendant une période définie, aux recherches compulsives sur internet, aux actualisations répétées du portail médical ou aux conversations qui imposent des conclusions prématurées. Ce retrait fait apparaître ce que l’on demandait à ces gestes: une garantie qu’ils ne pouvaient pas fournir.
Le but consiste à remettre le désir à sa juste place. La personne peut ensuite revenir à une source fiable, noter ses questions et les poser à l’équipe soignante. Elle échange une recherche incessante de certitude contre une action responsable.
Le jeûne alimentaire demande davantage de prudence. Un cancer, un traitement, une grossesse, un trouble alimentaire, l’âge ou une autre situation médicale peuvent le rendre dangereux. Il ne faut jamais modifier son alimentation ou son traitement pour accomplir un exercice spirituel sans l’avis d’un professionnel de santé qualifié. Renoncer à une habitude numérique ou à un flot de commentaires peut offrir une pratique plus sûre.
Choisir une action fidèle pendant l’attente
L’incertitude réduit facilement la journée entière à l’heure du prochain appel. Une action concrète rend au présent sa taille réelle.
Prenez une feuille et tracez deux colonnes. Dans la première, écrivez ce qui dépend de vous aujourd’hui: préparer vos questions, prendre le traitement prescrit, demander à un proche de vous accompagner, manger selon les recommandations reçues, prier avec des mots simples. Dans la seconde, placez ce que vous ne pouvez pas décider: le résultat, la réaction du corps, le calendrier complet de la guérison.
Choisissez ensuite une seule action dans la première colonne. Une action modeste reste utile. Envoyer un message, préparer le rendez-vous ou demander de l’aide peut suffire pour aujourd’hui.
Cette pratique ne rend pas l’attente agréable. Elle empêche cependant la peur de décider seule de l’emploi du temps. Comme le rappelle aussi la réflexion sur les limites et la maîtrise de soi, s’arrêter peut être une décision responsable lorsque continuer expose la santé.
Garder la vérité et l’espérance dans la même pièce
Le témoignage de Kate Bowler reste précieux parce qu’il ne transforme pas la vulnérabilité en formule de réussite. Au moment du diagnostic, elle ignorait comment son histoire se poursuivrait. Elle pouvait recevoir des soins, aimer les siens, écrire et prier sans prétendre connaître l’issue.
Devant votre propre examen, vous pouvez faire de même. Nommez précisément ce qui vous effraie. Refusez les promesses que personne ne peut honnêtement faire. Puis demandez: « Quel acte d’amour, de sagesse ou de fidélité m’est encore possible aujourd’hui? »
L’espérance peut s’asseoir à côté du compte rendu, sans le corriger ni détourner les yeux. Elle demeure présente pendant que la médecine cherche des réponses, que la famille apprend à attendre et que la prière manque parfois de mots.
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